Kessel

J'ai créé un thérapeute artificiel en 4 heures.

Après les programmes, les masterclass, les formations, voici le thérapeute IA disponible 24h/24. Techniquement, c'est déjà banal. Mais derrière cette nouvelle ruée vers l'or se cache une question qui me travaille : avons-nous réellement besoin de plus d'aide...ou de moins de bruit?

Coeurespondance
5 min ⋅ 03/06/2026

Cher toi,

Il y a quelques semaines, mon amoureux et moi avons construit une première version d'une IA thérapeutique sur Claude. Quatre heures (et 3 tisanes verveine menthe).

Je pourrais probablement terminer cette newsletter ici tant cette phrase raconte déjà quelque chose de notre époque. Quatre heures pour fabriquer ce que certains présenteront comme l'avenir, voire la REVOLUTION de l'accompagnement humain. Quatre heures pour créer une interface capable de poser des questions pertinentes, reformuler des émotions, suggérer des pistes de réflexion, distribuer des exercices d'introspection et produire cette sensation désormais familière d'être écouté, compris, accompagné.

J'aimerais te dire que j'en suis ressortie impressionnée, mais j’en suis ressortie inquiète. Non pas parce que l'outil était extraordinaire…précisément parce qu'il ne l'était pas. Inquiète de cette facilité presque dérangeante avec laquelle il est possible de fabriquer l'illusion d'une présence, l'illusion d'une écoute, l'illusion d'un accompagnement. Parce qu'en regardant ce prototype prendre vie sous nos yeux, j'ai compris que des années de pratique, d'expérience, de légitimité ou simplement de patience pouvait désormais être emballé, habillé, maquillé, marketé et distribué à grande échelle en prétendue “révolution thérapeutique”.

A partir de là, et bien la suite est prévisible, on connait la playlist…Là où une promesse rencontre une souffrance, un marché apparaît, puis suivent les promesses, et ensuite les vendeurs de promesses. Puis arrivent ceux qui expliqueront qu'ils détiennent enfin ce que les autres n'avaient pas encore trouvé… et qui vous vendent un abonnement annuel à prix d’amis ! Puis tout le monde va se précipiter et tester, en parler sur les réseaux…bref l'histoire est vieille comme le monde, vous savez bien. Seuls les costumes changent.

Spoiler : je ne ferai pas partie de cette fête là (non plus).

Le nouveau filon (ce qu'on va te vendre).

Je vais te faire gagner du temps, les thérapeutes artificiels arrivent, les coachs aussi, les mentors, conseillers relationnels…les accompagnants dispos 24/24. Le phénomène a déjà commencé aux États-Unis depuis belle lurette, puisqu’on a toujours 5 wagons de retard.

Des applications comme Woebot, Wysa ou Youper promettent déjà écoute, soutien émotionnel, coaching conversationnel et accompagnement psychologique à grande échelle. D'autres vont encore plus loin et proposent des compagnons virtuels capables de créer une relation suivie avec leurs utilisateurs. Le marché pèse déjà plusieurs milliards, les investisseurs sont là…les utilisateurs aussi.

T’en veux encore? Une nouvelle génération d'outils apparaît : les clones conversationnels. Ton coach préféré, ton auteur préféré, ton influenceur chouchou, ton thérapeute dont tu kiffes la D.A, disponible jour et nuit. Sans liste d'attente, sans rendez-vous et surtout…sans contradiction ! Et c'est précisément ce dernier point qui devrait nous interroger.

Sous le capot, rien de magique Marty.

D'ailleurs, si tu imagines une technologie révolutionnaire sortie tout droit d'un laboratoire secret de la Silicon Valley, je vais te décevoir. Sous le capot, la plupart de ces applications sont beaucoup moins spectaculaires qu'elles ne le paraissent.

Tu prends un modèle d'intelligence artificielle existant (Claude par exemple). Tu lui injectes des livres, des newsletters, des conférences, des podcasts, des vidéos, des cours, des formations, des protocoles et quelques centaines de pages de réthorique, d’art de la questiologie…etc.

Ensuite, tu rédiges des consignes, tu définis une personnalité, un ton…puis tu crées une interface élégante (Claude peut te la créer en deux-deux, en mode ultra quali), ainsi qu’un système de paiement… et enfin un joli story-telling avec les bons mots clés (tu peux aussi challenger Claude là-dessus).

...

Coeurespondance

Par Anissa Ali

Je suis Anissa Ali. Thérapeute conjugale et familiale, autrice de Dating, la grande illusion (Éditions Trédaniel).
Depuis des années, j’accompagne celles et ceux qui traversent les caps fondateurs de leur vie relationnelle, quand ça vacille, quand ça se transforme, quand on ne sait plus trop. Quand on veut trouver des solutions.
Un travail de l’ombre que j’aime profondément : être là, sans prétention, pour éclairer ce qui cherche à se dire.

J’ai écrit pour Tapage et d’autres publications, mais c’est dans l’intime que je me sens le plus utile.

J’ai créé Coeurespondances comme un espace à part. Un lieu sans vernis, sans slogans, sans dogmes.
Pour interroger nos liens plutôt que les diagnostiquer. Parce qu’au fond, je crois que penser l’amour est un acte politique et qu’il est urgent de le réhabiliter, dans toute sa force, sa complexité, et sa tendresse.

Pour prendre RDV avec moi en consultation visio : www.lafreudzone.fr , et me retrouver sur Instagram : la_freudzone.

Les derniers articles publiés

5 muscles relationnels décisifs

par Anissa Ali   ⋅  15/03/2026 6 min

Il n’a jamais été aussi facile de parler d’amour et jamais les relations n’ont été autant analysées, disséquées, commentées. Et pourtant, une compétence essentielle semble parfois manquer dans nos liens : la maturité émotionnelle et relationnelle.

Vivons nous en médiocratie ?

par Anissa Ali   ⋅  03/03/2026 7 min

Peu de gens vont vraiment bien et certains vont mal. Tout fonctionne à peu près, tout s’optimise, tout se tient (tant que ça tient) et pourtant quelque chose s’éteint. Et si ce malaise diffus était le symptôme d’une époque ? Une époque qui confond confort, maturité, résignation et sagesse. Et si nous vivions, sans le savoir, en médiocratie ?

GAME OVER pour les applis de rencontres.

par Anissa Ali   ⋅  08/02/2026 5 min

Et si le gouvernement annonçait : “90 jours sans apps de rencontre, pour la santé mentale et sociale” ? Le temps d’observer ce que le système fait aux gens et ce que les gens récupèrent sans lui. Référendum : tu votes oui ou non ?

Auto-bullshit amoureux : sport national.

par Anissa Ali   ⋅  18/01/2026 6 min

On a toutes les raisons du monde de se raconter une belle histoire. Mais à quel prix ? Repérons aujourd'hui quand le récit remplace le réel : ce que ton corps dit, ce que les actes répètent, ce que le système impose. Pour sortir du brouillard et choisir en conscience.

2026, on remonte le niveau.

par Anissa Ali   ⋅  04/01/2026 5 min

Nos lien sont en mode “économie d’effort”. Et si on re-musclait tout ça en 9 points ?

Si tu galères dans tes relations, c'est à cause de quoi?

par Anissa Ali   ⋅  21/12/2025 2 min

Tu veux “mieux aimer”, mais ton feed te sert 12 injonctions contradictoires avant ton café ? “Communique”, “sois détaché.e”, “pose tes limites.” “sois indulgent et tolérant” “fuis les red flags,” “guéris ton enfant intérieur,”...Et toi, au milieu, tu fais quoi ? Tu te juges, tu sur-analyses, ou tu te désensibilises...qui dit mieux?

La minorité masculine qui choisit le célibat (pas les moines)

par Anissa Ali   ⋅  30/11/2025 4 min

On croit que les hommes ne savent pas rester seuls, qu’ils enchaînent les histoires comme on s'enfile des pop corns au cinoche (pour nombre d'entre eux : c'est bien vrai). Mais une révolution silencieuse est en cours : certains hommes choisissent le célibat, par lucidité. Une rupture du système, une réécriture des règles du "je".

Pourquoi tu forces ?

par Anissa Ali   ⋅  16/11/2025 4 min

Il y a ces relations qu’on choisit en conscience, puis il y a celles qu’on subit en les appelant « destin ». Si tu lis ceci, c’est peut-être que tu sais déjà que quelque chose cloche. Alors viens, on regarde ensemble ce que tu refuses peut-être encore de regarder en face.

Culture médiocre, relations foireuses.

par Anissa Ali   ⋅  19/10/2025 5 min

Ou comment le système et notre indigence culturelle a fini par atomiser nos liens. Faut pas s'étonner. (Lettre écrite sous l’influence conjuguée de la caféine, du syndrome prémenstruel et d’une lucidité un peu trop aiguisée).